Je suis né dans un petit village de campagne,
de parents agriculteurs.
Je pris vite goût à l'alcool. La boisson
journalière était le cidre.
Un cidre tiré au tonneau, le bon cidre fait à
la ferme. Enfant, ce cidre était consommé à chaque
repas.
J'ai aussi goûté le vin de messe. Il était
délicieux, et,
adolescent j'ai très vite pris goût à la bière.
Quand vint le service militaire, les choses ne
s'arrangèrent pas.
Quelques mois avant de me marier, il me fallut
quitter la maison familiale et
chercher du travail à Amiens.
Mon premier emploi fut chez un marchand de
spiritueux, la maison Lévêque, avenue Foy.
C'était très bien.
Ayant une logeuse très sévère, il n'était pas
question de faire des bêtises.
Nous nous sommes mariés en juin 1957 et peu de
temps après, pour gagner un peu plus,
j'ai changé de patron.
Mon second emploi fut à la grande maison des
vins Nicolas.
Là, ce fut l'Amérique :beaucoup de travail, une bonne équipe et
surtout la boisson à volonté.
En 1960, je quittais les marchands de vin pour
prendre un poste à la Cité Scolaire
où là, je consommais de la bière et du
vin. C'est là que j'ai connu mon ami René Hecquet.
La maladie étant bien installée, les problèmes
ont commencé.
Plusieurs accidents de voiture, le dernier
avec 6 mois de retrait de permis,
une bonne amende et deux nuits au violon :
j'avais "accroché" le panier que portait la
femme d'un gendarme !
Chose à ne pas faire.
Mais cela n'a rien changé : je buvais
toujours, les problèmes continuaient.
En 1971, je passais un concours, fut muté au
lycée Félix Faure de Beauvais.
Un an, seul la semaine, cela n'a rien arrangé.
En 1972, je prenais le poste au Lycée du
Bâtiment,
rue du 31 août à Amiens où j'ai fait ma carrière.
Cette même année, nous devenions habitant de
Camon
avec ma maladie et mes problèmes.
Les accidents de mobylettes se sont succédé,
les absences au travail, visites régulières chez le médecin.
Le brave docteur me disait :
"M. Branton,
arrêtez de boire, vos problèmes de santé viennent de là"
Je lui répondais, "Docteur, je veux bien
essayer, mais je ne vous promets rien" et,
je continuais à boire.
Ma mobylette s'arrêtait toujours devant les
bistrots.
A plusieurs reprises il m'est arrivé de
l'oublier et de rentrer à pieds.
Quand je partais le matin, la route était
belle, le soir quand je revenais,
il y avait des tranchées, éclairées bien
sûr, mais je ne les voyais pas.
Combien de fois, Yolande est allé récupérer
mes lunettes au fond de ces tranchées !
En 1970, j'ai attrapé un microbe. Cela m'a
valu 2 mois d'hospitalisation
suite à des complications dus à l'alcool.
A ma sortie de l'hôpital, je fus très
raisonnable. Au cours d'une visite de contrôle, 2 mois
après, le brave médecin,
celui qui m'avait sauvé la vie car j'étais condamné,
m'a gentiment dit,
à l'occasion de la naissance de Valérie, : "vous pouvez
boire un verre de vin". Quelle belle parole !... car je n'ai pas attendu
la naissance.
En sortant de la consultation, je suis rentré
au café, face à l'Hôpital y déguster une bière …et la machine infernale recommençait.
En 1976, un accident de travail, rien à voir
avec l'alcool m'immobilisa un an. Quand j'ai repris mon travail, les problèmes
ont recommencé. Ce fut un véritable calvaire. J'étais au
bout du rouleau. Je voulais m'arrêter de boire mais je n'y arrivais pas.
En me levant le matin, de la bière pour
pouvoir faire ma toilette,
2 litres pour ne plus travailler,
8 litres dans la
journée, plus le vin, plus l'apéritif à l'occasion. Ca n'allait plus du tout dans la tête.
Plus personne ne m'aimait, ne voulait me voir.
Je voyais le mal partout, me croyais rejeté de
ma famille, de mes amis.
C'était faux, tout le monde voulait m'aider…
je ne le comprenais pas.
Alors j'ai eu des idées de suicide.
Dans me petite tête d'alcoolique, j'avais
choisi la Somme au Pré Porus.
J'allais tout droit et "plouf" dans l'eau.
Je ne l'ai pas fait, peut-être que l'eau était
trop froide !
Mai 78, ma dernière "cuite" fut si forte qu'il
m'a fallu deux ou trois jours pour m'en remettre.
Puis un jour, le proviseur m'emmena à la
médecine du travail du rectorat. Quelques jours plus tard, j'eus la visite
d'un militant. Je me demandais ce qu'était LA CROIX D'OR
(devenue aujourd'hui
: ALCOOL, ECOUTE, JOIE et SANTE).
Une main tendue, le déclic et la décision
était prise.
J'ai demandé à ma femme d'aller me chercher un
certificat médical et
4 jours plus tard j'entrais dans le service "AMITIE" à
Beauvais. Pendant 14 jours, j'ai appris beaucoup de
choses : j'ai appris à boire de l'eau…
je me sentais bien. Je reprenais goût à
la vie.
Au service "Amitié" l'animateur m'avait
fortement conseillé d'adhérer à un
mouvement d'anciens "buveurs" :
c'est la
meilleure convalescence du malade éthylique.
James Roussel, "Croix Dorés" à Beauvais, nous
rendait visite
toutes les après-midi au service "Amitié". Il nous mettait en garde pour la sortie. En juin, je me suis rendu, avec Yolande et
Valérie à une
réunion CROIX D'OR, rue Delpech.
Tout de suite la famille m'a fait confiance.
mes enfants ne me regardaient plus de travers.
Bien au contraire : "Papa, tu peux nous
conduire à l'école ?" Auparavant, elles préféraient s'y rendre à
pied, prendre le bus plutôt que de
monter en voiture avec moi.
J'étais heureux, ma famille me faisait confiance.
J'étais redevenu un
homme, à nouveau. J'assumais mes responsabilités.
j'étais bien dans
ma peau. Il y a toujours de
l'alcool à la maison pour les invités..
c'est mafaçon à moi
d'être fort...