AVANT LA REVOLUTION

 

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CAMON AVANT LA REVOLUTION.

 

ORIGINE DU NOM "CAMON"

Dès l'âge de bronze la présence de l'homme y est attestée par la découverte de dépôts d'armes.

Plus tard Jules César, en 50 avant J.C.,  installe ses légions sur les bords de la Somme : elles lui servent de base d'opération  dans sa lutte contre les "belges turbulents", et lors de son franchissement de la Manche à la conquête de la Grande Bretagne.

Des anciens "oppida" gaulois qui portent  encore le nom de "camp César" : Chaussée Tirancourt, l'Etoile,. ..

Origine du nom ?

Hypothèse I. Certains avancent que CAMON tire son nom de cet événement ; "CA" serait la contraction du champ (camp), un camp  placé sur une élévation (mont).

Le fait est que la vallée de la Somme s'étend à son pied.

 

Hypothèse II. Le village d'après la tradition  a été construit originairement au lieu-dit "fort de Camon" ou "Camp César", lieu que traverse la route de Corbie.

C'est de Castri-Mons que se serait formé le nom de CAMONS...

 

En ces temps reculés, dixit les traditions camonoises, Camon était plus grand qu'Amiens.

Ce fut lorsque César s'en empara pour en faire "un camp", que Camon allait bâtir plus bas, là où il est aujourd'hui.

*

De nombreuses découvertes de l'époque romaine ont été faites à CAMON :

Une statuette de bronze de 12 cm a été recueillie à l'Agrappin. Elle se trouve au musée du Louvre à PARIS et représente un jeune satyre.

Un médaillon en pierre portant en relief un buste de femme couronnée de fleurs a été trouvé dans une tourbière à l'Agrappin, de même une lampe en bronze.

Une inscription de l'époque chrétienne trouvée au lieu dit "le Fort". Elle se trouve  au musée d'Amiens.

En décembre 1908 : on découvrit sur les hauteurs sud de Camon 120 pièces de monnaie dont 80 sont au Musée d'Amiens.

Des monnaies enfouies 25 ans avant notre ère.

                    UN DEUXIEME CAMON !

        De fait il existe un autre Camon, petite ville d'environ 1000 habitants située dans les Pyrénées dans l'Ariège.

 

 

                    2. LES GAULOIS. LES DRUIDES.

L'élévation de terrain au centre du village était entourée de pierres "levées" ou menhirs.

Ce monticule, le carn était un LIEU SACRE POUR LES DRUIDES. Nos ancêtres païens tournaient trois fois dans le sens du soleil autour de cette élévation.

 

 

C'est donc sur ce carn, que fut construite au XVI ème siècle l'église en pierre blanche et silex.

Le bâtiment suit la courbure de cette élévation de terrain...on la devine dans le chœur de l'église. 

 

 

Dans les années 338- 339 Sulpice Sévère, biographe de Saint Martin le montre accomplissant son acte généreux au cours de l'hiver

367 : Valentinien  (empereur romain) séjourne à Amiens.Sa préoccupation :organiser la résistance contre les barbares.

A ce moment il associe son fils Gratien au pouvoir et le présente aux troupes dans le champ du Landit situé près d'Amiens à gauche sur la route de Corbie.

    Voir ci-dessous la  "croix du landit".1022

                    Quand le christianisme apparut-il ?

Vraisemblablement fin 3ème siècle. Des textes relativement tardifs gardent le souvenir de premiers missionnaires chrétiens.

Mis à mort par les autorités romaines, Fuscien et Victorie, venus de Rome, compagnons d'apostolat de Saint Quentin, furent martyrisés au sud d'Amiens avec leur hôte Gentien.

Firmin, d'origine espagnole, premier évêque d'Amiens, y fut décapité.

 

                NAISSANCE DES HORTILLONS.

 

Vers les années 250, les ruines provoquées par la destruction d'Amiens obstruent les cours d'eau et  font monter le niveau de l'eau.

Phénomène qui s'accentuera au Moyen-âge avec la création des moulins et de l'enceinte de la ville d'Amiens.

C'est ainsi que sont nés les hortillons, pâturages et jardins noyés drainés par les rieux.   

 

                500 : LE CIMETIERE MEROVINGIEN .

La découverte de quelques sépultures mérovingiennes au lieu-dit "Le fort de Camon" sur la route Amiens-Corbie nous fait remonter à un passé très lointain.

Ces tombes contenaient des squelettes de grande taille. "les fosses étaient creusées dans un sol très crayeux et les corps semblent y avoir été déposés sans cercueil, car on n'y a découvert aucun clou".

Ces corps protégés seulement par quelques pierres posées latéralement avaient les pieds tournés vers l'Est.

Il est possible que les tombes soient très nombreuses.

Le seul objet caractéristique rencontré au cours des fouilles est un fragment de poterie mérovingienne de couleur noir et d'une belle forme.

 

                    L’époque carolingienne (750 - 980)

apparaît comme un temps de sécurité et de prospérité.

 

Une population nombreuse vit dispersée à travers la campagne en petites agglomérations qui sont ou deviendront villages et paroisses : Champs, prairies, bois, vignes, bâtiments agricoles, tout cela est largement étalé au soleil.

Le commerce et les échanges avec le dehors ne sont pas absents, mais ils sont réduits : chaque domaine se suffit à lui-même ou presque.

 

Malheureusement cette belle époque s’achève tristement.

Le pouvoir central, épuisé par les partages et la mauvaise administration, ne réussit plus à s’imposer.

 

Le danger vient à la fois du dehors et du dedans.

Du dehors, ce sont les incursions des Normands.

Du dedans, c’est l’anarchie sénatoriale, que les incursions normandes contribueront d’ailleurs à accentuer.

au 9ème siècle,  les Normands avec leurs barques remontent la Somme et dévastent les rives.

L’évêque de Beauvais est massacré par les Normands. L’abbé de Corbie est désigné pour le remplacer.

On peut penser que sa conduite lors de l’attaque de la ville de Corbie ne fut pas étrangère à cette nomination.

 

En 880, toute la vallée de la Somme n'’est que le pillage et ruines.

 

Les Vikings  installés officiellement en Normandie (911) seront longtemps des voisins dangereux.

Vaincus par le roi carolingien Louis III en 881 à Saucourt en Vimeu, ils n'en continueront pas moins leur raids, leurs pillages...

Amiens commence à se clore de remparts : on creuse des fossés, on élève des mottes entourées de murailles et de palissades :

Les paysans sont invités à se protéger et à se défendre par tous les moyens possibles.

 

entre autres, les souterrains.

 

Des "muches" (une cachette en Picard)

Elles sont très anciennes. Elles remontent au début de notre ère.

Elles servaient à protéger les habitants depuis Attila, puis  au XIV ème siècle, lors de l'invasion des Normands et plus tard, pendant la guerre de cent ans. Ces galeries souterraines, d'anciennes carrières de pierre,  servaient de refuge aux  Camonois. Ils venaient s'y mettre à l'abri avec leurs animaux.

Elles s'étendent sur une grande partie du sous sol du plateau de Camon, notamment sous le Stade...!

Pour l'histoire, en 1636, année tristement célèbre, le cardinal Don Fernando gouverneur des Pays Bas, envahit le sol français, atteint la Somme, détruit Corbie, les villages avoisinants dont Camon, Rivery.

Quelques habitations en haut de la rue du Chevalier de la Barre ont encore accès à ces galeries dont l'entrée était souvent secrète.

 

 

Chacun de ces souterrains constitué par un puits généralement ouvert se prolonge par des rues toutes droites qui s'ouvrant régulièrement sur des chambres.  

 

 

 

 

      

 

 

 

 

 

Les galeries furent utilisées pendant la première guerre mondiale, témoins ces photos.

                                                                    

"wake up England"

Réveille toi Angleterre !

les Australiens attendent le réveil des Britanniques.

 

 

Pour revenir à notre sujet... le danger normand écarté, tous les "petits" chefs locaux qui ont "surgi" ici et là pendant l'épreuve  se  feront indépendants. Ce sera l’anarchie et le banditisme.

Il ne faisait pas bon vivre dans le voisinage de ces « hobereaux » qui pressuraient parfois les populations vivant sur leur domaine. Les moines, les paysans surtout, plus exposés, l’éprouvèrent cruellement.

"Du haut de leurs mottes élevées à grand renfort de terrassement, les sires de Boves, de Picquigny de Poix sont des bandits dangereux. Ils se sont bâti des demeures fortifiées."

 

 

                Les siècles de "fer" : les X ème et le XI ème.

Hugues Capet et ses premiers successeurs eurent fort à faire avec les vassaux de la région.

Dans l’extrême confusion de l’anarchie féodale nous voyons se détacher deux lignées qui, par leur puissance constitueront un élément d’autorité et d’ordre relatif : les comtes de Ponthieu et d’Amiens.

Le comte d’Amiens se taille une indépendance à peu près complète  par la guerre et par des alliances.

Face à lui et sur son propre territoire, il y a l’évêque. Celui-ci a sa politique personnelle. D’où conflits et marchandages.

Pendant d’assez longues périodes le problème se trouva résolu en faveur des comtes. En fait, plusieurs évêques appartenaient à la famille comtale ou à une famille alliée.

Alors étaient concentrées dans les mêmes mains les autorités ecclésiastique, militaire, judiciaire, administrative.

Dans la mesure où il est possible avec l’éloignement dans le passé de le préciser,  nous constatons que plusieurs de ces évêques ont été excellents et contribuèrent beaucoup à la remontée morale et sociale de la première féodalité.

 

             Voici comment s’exprime un chroniqueur local du XI ème qui, après avoir connu une terrible situation, vécut ensuite des jours meilleurs :

" le début de ce siècle fut douloureux : la guerre était partout, elle était devenue comme une coutume normale du royaume de France."

         mais,  

"Après quelque temps, ils n'eurent plus à chercher la mort dans la guerre, car la famine et la peste passèrent comme au fil de l'épée des populations entières.»

 

                La CROIX DU LANDIT

Selon Jacques FOUCART conservateur délégué des antiquités et objets d'art de la Somme,à qui camonpassionnement

doit une grande partie de cette étude publiée par l'excellente revue "EKLITRA" Tradition Picarde, sous la responsabilité de Philippe PAUCHET

  

 Origine du nom LANDIT

D'abord désigné sous le nom "Croix de l'indict" (du latin "indicere") mot qui par la suite a donné  "Landy" "landit" ou "lendit", .

                  

1022, les Amiénois et les Corbéens, « voyant dans les maux qui les affectaient, (la peste,   la maladie...) le châtiment de Dieu qui aime la paix et veut qu’on aime la paix plus que tout » conviennent entre eux d’une paix totale, c’est-à-dire sept jours de la semaine.

Le pacte sera renouvelé chaque année.

Les uns et les autres s’obligent par serment à ne jamais plus se venger par le pillage et l’incendie, et à s’en rapporter, dans les litiges, à l’arbitrage de l’évêque et du comte.

Une croix dont l’emplacement est encore visible aujourd’hui fut élevée à mi-chemin entre les deux  villes.

 

 

                                                                                                                                     Croquis signé H.Wagon, 1912.

Jacques FOUCART écrit :

"L'intérêt de ce petit monument situé à 8 kilomètres de chacune des villes, est, entre autres choses 

 Géographique : au terroir de Camon, sur la route d'Amiens à Corbie à présent si fréquentée par les automobilistes,  il marque en plein champ par une petite éminence de terre et un modeste bouquet d'arbres tout de même bien visible, la ligne de crête à partir de laquelle on aperçoit , d'un versant à l'autre, soit la cathédrale d'Amiens, soit l'église abbatiale de Corbie. qui, pour la façade,  en est la réplique.

Archéologique ensuite : il remplace une croix de pierre qui avait disparu dès la fin du XVII ème siècle puisque à cette époque une chronique manuscrite relate : "On voit encore la base de cette croix sur une petite élévation de terre où se reposent souvent les voyageurs."

en 1764 : Le maître d'école d'Amiens, Pierre Bernard, se rendant en pèlerinage à Corbie fait "ses prières à la Croix de l'Indict devant le reste des vestiges d'une croix" .

en 1779 :l'archiviste de l'abbaye de Corbie Lemoine, décrit entre Daours et le moulin à vent d'Amiens un tertre de gazon en forme de carré long, autrefois planté d'arbres, sur lequel "on n'aperçoit aucune trace de chapelle mais seulement une croix qui paraît avoir été posée du temps de François 1er"

 

D'autre part cette croix du Landit,  marque l'endroit où fut célébrée chaque année au moment des Rogations la  procession qui unissait Amiens et Corbie.

N.B. Rogations : quelque 3 jours de prière dans la semaine qui précède la fête de la Pentecôte.

"Dieu, continue notre narrateur,  montra sa satisfaction de ce pacte de paix. Il accorde aux saints un don plus abondant de miracles. Il en résulte une dévotion accrue, des déplacements de foules .

On règle les procès, les récalcitrants sont contraints à la paix. On prie les uns pour les autres. Le peuple est prêché"

 

 D'Amiens on amenait les châsses contenant les ossements de Saint Firmin et de Saint Fuscien. De Corbie, celles de Saint Gentien et Saint Précord.

Les deux villes priaient pour obtenir la fin de la peste qui les ravageait  et la fin de la misère qui s'en était suivie.

Ces processions durèrent une centaine d'années. Elles cessèrent peu avant 1138. C'était la fête !

Puis au fil des années, les réjouissances deviennent plus vulgaires.

 

Du respect on passe à l’irrévérence. Les préoccupations mercantiles remplacent les serments d'union et les actes de piété.

On se met à organiser des jeux, des bouffonneries, des danses sans aucun respect pour les corps saints  présents.

 

L’abbé Raoul, et  les moines de Corbie mécontents de la tournure que prennent les choses décident d'abord de ne plus porter les reliques puis suppriment la procession en 1248.

 

...mais la fête foraine, lieu de beuverie et de ripailles  subsiste. 

 

"Sans doute nous comprenons le mécontentement des hommes d’église, mais ces pèlerinages, ces foires et fêtes foraines où le bon peuple s’ébaudit, vers la fin du XIème nous rassurent sur ses conditions de vie : la région  a connu une très dure période, mais elle est sortie des mauvais jours".

              1818 

La Croix du Landit  fut renversée à la Révolution et relevée à la Restauration en  1818.

 Pour cette restauration, on utilisa comme  socle,  une partie d'une clef de voûte octogonale qui provenait  des cloîtres détruits de l'abbaye de Corbie.

            31 octobre 1901  La Croix est renversée par des anarchistes.

                Vers sa restauration ?

                    Le 6 avril 1902, sous le mandat de Emile Debrie, Le conseil de Fabrique de l'église de CAMON se réunit :

Sont présents : M.M de MORGAN Henri, président, FRION Joseph, GUERIN Anthime, LENGELLE Zénobe,  et GARET Armand curé.

 

Monsieur  le Curé, fait part au Conseil d'une communication qu'il a reçue de Monsieur le Doyen du Chapitre de la Cathédrale  concernant la Croix du LANDIT,  route de Corbie renversée par des malfaiteurs dans la nuit du 31 octobre 1901.

 

Il fait part des renseignements qu'il a trouvés dans les registres de la Fabrique, documents qui établissent que la dite Croix fut restaurée par les soins de la fabrique de CAMON  aux frais du Chapitre,  le 5 septembre 1818.

Le Conseil charge donc Monsieur le Curé de faire la point avec le Chapitre pour faire à ce Calvaire tous travaux de réparations convenables en vue de sa complète restauration.

                   23 juin 1902  Compte rendu du Conseil de Fabrique :

Monsieur le curé fait part des travaux exécutés au Calvaire du LANDIT  en vertu de la délibération du 6 avril dernier.

Le montant des dépenses pour élagage des arbres et terrassement divers est de 15 francs.

Monsieur le Curé, donne communication à Monsieur le Doyen du Chapitre. Il déclare prendre à sa charge la dite dépense.

La Croix est transportée à Amiens pour y être restaurée aux frais du chapitre.

6 novembre 1980 :

Monsieur Bécard maire répond à Jacques FOUCART.

Objet : remise en place de "la croix du Lendit"

Monsieur,

En réponse à votre lettre en date du 3 courant, j'ai l'honneur de vous faire connaître que l'emplacement de "la Croix du Lendit" se trouve bien sur le territoire de la commune de Camon.

Je vous prie de croire, ...

21 janvier 1981

Jacques Foucart à Albert Bécard :

Je vous accuse réception du vœu de votre Conseil Municipal relatif à la Croix du Landit, je crois que d'abord il convient d'attendre le classement de cette Croix (procédure en cours) puis d'étudier avec Monsieur LOUVET, architecte des bâtiments de France les modalités pratiques de la remise en place après nettoyage et peinture de la ferronnerie.

De toute façon, la restauration de cette Croix est très souhaitable : ce site pittoresque marque la rupture des versants entre Amiens et Corbie, mais hélas, la croix manque et le socle dérisoire reste sans signification. Or, c'est une route, vous le savez, extrêmement fréquentée.

En cette année du patrimoine, c'est vraiment l'occasion de montrer que l'on fait quelque chose...

N.B. La Croix du LANDIT, saccagée le 31 octobre 1901, fut entreposée, dans un premier temps dans les sous sols de la chapelle d'hiver de la Cathédrale et par la suite dans les Etablissements DENIS marbrier.

 

 

 

 

 

 

 

7 mars 1984 :

Le Service Départemental de l'Architecture, M. G. Saingeorgie,

à Monsieur Bécard maire de Camon.

Extraits de la lettre :

Cette Croix devrait être reposée entre la ferme Caroline et le carrefour de la route de Lamotte Brebière, en rive nord de la route départementale N° 1 d'Amiens à Corbie, sous les tilleuls. (cote 68)

 

La Municipalité devrait défricher, élaguer, et faire poser la croix par une équipe d'ouvriers municipaux sur ce qu'il reste du socle à percer pour y loger l'extrémité de la croix et sceller au plomb...

 

Ces travaux ne présentant aucune complexité pourraient être entrepris par la Commune,

 

Je vous saurais gré de me tenir au courant des difficultés que pourrait présenter la mise en place de la croix...

 

                                          la ferme Caroline

Zone de Texte:  

                    juillet 85 : Albert BECARD  écrit  au Conservateur des Objets Historiques, d’AMIENS.

 "la Commune de Camon est toute disposée à participer à la remise en place de cette croix".

"Cette croix n'intéresse pas seulement la Commune de Camon, puisqu'elle marque l'endroit où se retrouvaient, à mi-chemin de leurs cités respectives, le Clergé et le Peuple d'Amiens et de Corbie lors de  la procession des Corps Saints".

                    29 novembre 1985

Pour la somme de 23.221 fr., dans les locaux de l'entreprise DENIS, marbrier, la croix "en fer forgé, dorée aux extrémités et ornée des instruments de la Passion (tenaille, lance...)et la  plaque de zinc portant l'inscription  suivante :

" Croix de l'Indict, plantée en 1024 par les Clergés d'Amiens et de Corbie et relevée en 1808"  par Charles MAILLET, de Bussy les Daours"

 

 

"cette croix  est sablée, métallisée.

Elle reçoit deux couches de peinture et doit être réinstallée".

 

 

                   

 

 

                    24 janvier 1986 : Albert Bécard écrit au Conservateur des Objets Historiques  :

"j'ai le plaisir de vous donner mon accord pour la réalisation des travaux de remise en place de ladite croix, dans la limite d'une participation financière de notre Commune fixée à 10 000 francs."

15 juillet 1986 : L'ingénieur d'Arrondissement, P. DAURAT à M. Le Conservateur départemental des Antiquités et objets d'art

"après examen avec les représentants de la Subdivision des conditions à satisfaire pour une bonne réinsertion de la croix, il est apparu tout indiqué de mettre en valeur ce monument et de ne pas avoir à le replacer à la suite d'un élargissement du chemin départemental, tout en minimisant l'acquisition de terrain.

Sur le plan ci-joint l'aire à réserver pour l'implantation de la croix a été hachurée. Je vous propose pour les raisons invoquées ci-dessus une implantation à une distance de 1m50 entre la limite actuelle et cette aire."

extrait de plan au 1/1000 ème.

 

                19 janvier 1988 :

M. TERSEUR, Architecte des Bâtiments de France écrit à M. DAURAT, Chef de l'Arrondissement Territorial EST :

"Cette réinstallation est demandée par le Maire de Camon, interprète sans doute d'un désir de la population pour qui cette croix a une valeur, une histoire auxquelles elle est  attachée.

Elle  n'intéresse pas seulement la Commune de Camon, puisqu'elle marque l'endroit où se retrouvaient, à mi-chemin de leurs cités respectives, le Clergé et le Peuple d'Amiens et de Corbie lors de  la procession des Corps Saints".

Ces processions se déroulaient en effet  chaque année à la Pentecôte. De 1022 à 1138, elles devaient conjurer les épidémies et préserver les populations des pestes terribles et meurtrières qui durèrent sept ans de 1014 à 1021.  De cet endroit précis, on voit la cathédrale d'Amiens et l'ancienne Abbatiale de Corbie.

A cette tradition est liée une fête qui se déroulait dans un pré à proximité.

Actuellement ce lieu se signale par un tertre planté de quelques beaux arbres,

de quelques pierres subsistant de la croix abattue à la Révolution

et d'une borne ancienne, géodésique semble-t-il.

              dans l'ombre la pierre géodésique

 

 

 

 

La réinstallation de cette croix actuellement restaurée et en dépôt est acquise, les frais devront être assumés par la Direction Régionale des Affaires Culturelles et par la Commune de Camon.

Reste sans doute à négocier avec le propriétaire l'achat ou la cessation du terrain nécessaire à son installation.

Le projet présenté se veut d'une autre ambition que de mettre en place une croix apparemment semblable à celles que l'on rencontre sur les routes.

La situation est par ailleurs privilégiée puisque de ce point on voit la Cathédrale d'Amiens et l'ancienne abbatiale de Corbie.

aussi il me paraîtrait judicieux d'installer cette fameuse croix sur une plateforme formant belvédère  en y joignant un banc et une plaque gravée relatant l'histoire du lieu. Une aire de stationnement prévue à quelque distance comme il se fait actuellement pourrait renforcer ce lieu.

je vous soumets l'idée. Cela est-il possible ?

 

 

Une réunion avec M. Pierre PONTROUE, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, qui est d'accord sur le principe et M. Le Maire de Camon pourrait avoir lieu.

 

                    18 février 1988 réunion en Mairie de Camon :

Le Maire, Albert BECARD,  Pierre PONTROUE, conservateur des Archives Départementales, MM TERSEUR et DAURAT :

"un accord de principe a été arrêté quant à la restauration de la Croix du LANDIT sur le D.1. 

L'accord repose sur une mise en valeur de cette croix sur un talus accessible de façon à ce qu'il puisse fonctionner comme un belvédère d'où l'on verrait la cathédrale d'Amiens et l'ancienne abbatiale de Corbie, une aire de stationnement y serait accolée, le traitement de sol (pavage) serait accordé au dispositif choisi pour le belvédère de la croix auquel s'ajouterait un minimum de mobilier tel que bancs

Un rappel historique - pierre gravée - serait envisageable afin d'expliquer la pratique qui a justifié son érection au début du 11 ème siècle à la limite des territoires de l'évêché d'Amiens et de la puissante abbaye de Corbie.

Indépendamment du choix de l'architecte pour mettre au point ce projet,  il est à définir la nature juridique du terrain nécessaire à la disposition du projet. M le Maire de CAMON s'est engagé à prendre contact avec le propriétaire du terrain".

Il existe une borne géodésique, il reste à connaître son importance. Monsieur DAURAT de l'A.T.E. se propose de s'informer auprès de l'I.G.N...."

4 décembre 1998 :

Jacques Foucart écrit à Monsieur le Conservateur Régional des Monuments Historiques : extraits :

"Dès 1981 ayant remarqué cette croix déposée comme une épave inconnue contre le chevet extérieur de la Cathédrale, (elle avait été enlevée de son lieu d'implantation à la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905), j'avais entrepris des démarches auprès de vos services pour la faire reposer à Camon après restauration.

Nous sommes en 1998, voilà presque 21 ans que le problème soulevé reste pendant...!

                    6 décembre 1998 :

Michel PONTHIEU, maire écrit à Jacques FOUCART : "Nous avons ré-ouvert ce dossier avec la volonté de réimplanter cette croix à son emplacement d'origine pour l'an 2000".

7 décembre 1998 :

Jacques Foucart à Michel PONTHIEU : "Une remise en place très souhaitable à tous points de vue, (le livre récent de M. Guerville sur les calvaires de la Somme a connu un vif succès"

                   18 décembre 1998 :

        Monsieur FOUCART répond à Michel PONTHIEU, maire :

 "Je vois avec plaisir que nous nous rencontrons pour arriver au but après plus de 15 ans d'efforts"

 

 

 

La croix en question est récente :

en fer forgé, dorée aux extrémités et

ornée des instruments de la Passion (tenalle lance...)

elle porte sur une plaque de zinc l'inscription suivante :

"venite ad me omnes qui laboratis et oneratis estis et ego reficiam vos"

Venez à moi vous tous qui travaillez et êtes accablés et je referai vos forces.

 

 

 

 

sur le montant de la croix de fer, il est écrit : 

PTPC (plantée par Charles ?) MALLET ET PAR MOY JACQUES MARCEL DE BUSSY.

 

 

            3 janvier 2001

                copie de la lettre du Conseil Général, équipements départementaux.

        12 janvier 2000

                    Jacques Foucart à Gabriel Devianne :

                    "vous êtes bien aimable de l'envoyer le dernier numéro de Camon Magazine où on laisse espérer la restauration proche de la croix de l'Indict... ce qui donne aussi l'occasion de constater la vitalité de la commune de Camon pour l'évocation du passé

                Tous mes vœux...

                Mardi 9 novembre 2004

Mandat de J.C RENAUX, une réunion est programmée par les soins de M. Bernard SAVREUX maire adjoint à la voirie pour la concrétisation du projet.

 

lundi 29 mars 2004

Le rêve devient réalité !

 

 

Les derniers préparatifs dans les ateliers.

 

 

 

 

 

                   

                            Vendredi 2 avril 2004 :

... L'obstination de  feu Jacques FOUCART,

est  récompensée.

 

 

 

 

 

 

Vendredi 14 mai 2004,

10 h 30

"LA CROIX DU LANDIT RETROUVE SA PLACE"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                Reprenons la chronologie des faits :

                    XIIème  siècle.

        CAMON sous l'autorité de l'Eglise.

"Le document le plus ancien que nous ayons pu compulser (qui date d'avant 1152) est l'acte de donation de Camon par Elinand, Seigneur de Conty, au  chapitre Saint Firmin de la cathédrale d'Amiens.

1153 :  Organisation ecclésiastique :

Camon : Paroisse du doyenné de Mailly, archidiaconé et diocèse d'Amiens.

Vocable Saint Vaast.

Collateur de plein droit : le chapitre de la Cathédrale.

Décimateurs, (Bénéficiaires des impositions) : pour le chapitre de St Firmin d'Amiens, deux gerbes récoltées sur 6, pour les religieuses de l'Hôtel Dieu, une gerbe, trois gerbes pour le curé.

 

N.B. Le chapitre possédait à Camon 400 "journaux" de terre. (un journal : surface de terre pouvant être 'travaillée" dans la journée.)

1159 : On trouve de seigneurs à Camon en 1159 : Il s'agit de Pierre de Camon et de son fils Aleaume.

" Ils ne devaient être seigneurs que d'une petite partie car c'était le chapitre Saint Firmin de la Cathédrale qui possédait beaucoup de terres."

 

La seigneurie, terre qui  appartenant au chapitre de la Cathédrale, s'étendait sur la partie de la Voirie située entre Camon et l'Agrappin, jusqu'à la "borne". (cf pont de la borne)

Cette documentation est recueillie auprès de MM Jacques FOUCART magistrat honoraire, Vincent FOUCART, président de l'Association des Amis du Musée d'Amiens, et de M. Bruno TABUTEAU

"La borne" figure au numéro 109 de la revue "Eklitra", bBibliothèque municipale d'Amiens.

 

Elle figure dans le catalogue sous la rubrique "OBJETS d'ANTIQUITE & DE CURIOSITE exposés dans le MUSEE DE PICARDIE sous le numéro 2118

 

 

                               

la borne

Sous cette appellation, le public désigne la colonne en marbre jaspé de rouge, de bleu et d'autres couleurs, provenant,  suivant la tradition,  d'un temple du paganisme à Amiens et ayant servi depuis longues années (il en est fait mention dans des titres de 1200)  de borne de séparation à la jonction du paysage de Camon et du chemin de la Voirie,(rue Voyelle d'aujourd'hui),  des terres dépendantes de la banlieue d'Amiens avec celles non soumises à la juridiction de la ville et ne jouissant pas des mêmes privilèges qu'elles.

 

dessin de la borne en date de 1834.

 

N.B. Cette borne a été déplacée en 1856 lors de la construction du pont de Camon et déposée dans le jardin du Musée de Picardie, don de Monsieur le comte DUHAMEL, préfet de la Somme.

 

 

 

Hauteur 2,30 mètres.

Largeur 0,29 à 0,26 centimètres par démaigrissement progressif.

elle est faite en marbre des Pyrénées, jaspé de rose, de blanc, de jaune et de gris bleu.

 

la colonne en marbre jaspé de rouge, de bleu et d'autres couleurs

Elle était là où dans les années 1850,   l'on passait la Somme dans un bac... en attendant la construction du pont.

"La Borne marquait les limites de la banlieue de la ville d'Amiens après laquelle s'étendaient

- d'une part la seigneurie de Camon qui appartenait au chapitre de la Cathédrale, compris le droit de passage par bac, et le bout de voirie attenant,

- d'autre part la seigneurie de la Neuville appartenant à l'abbaye de Saint Acheul.

Comme en outre, l'évêque disposait de la pêcherie de la Somme, et qu'il était propriétaire de la voirie, ainsi que de la rivière du Hocquet (ou de l'Avre) tout ce qui concernait la Borne intéressait les trois seigneurs du lieu : la ville, l'évêque, le chapitre."

 

 le 15 février 1845, 

M. le Maire, Damenez-Gribeauval Pierre (1839 - 1846) appelle l’attention du conseil  sur une sujet très important  qui intéresse non seulement la commune de Camon mais aussi la ville d’Amiens et autres communes environnantes.

Depuis nombre d’années, dit-il, nos administrés, ainsi que beaucoup de voyageurs et notamment les pauvres ouvriers de la campagne obligés de quitter leur domicile pour gagner leur pain quotidien, demandent à hauts cris qu’il soit établi une communication plus facile et moins dangereuse sur le canal de la somme, à l’endroit connu sous le nom de "bac de Camon", l'un des passages les plus fréquentés de notre département.

Ils réclament la substitution d’un pont au bac actuel.

Beaucoup de bestiaux, pour éviter un long détour sont conduits par cet endroit.

Il  peut en résulter de graves accidents soit en les faisant entrer dans le bateau,  soit en les faisant sortir, voire même pendant la traversée.

 

Monsieur le Maire invite donc les Conseil à prendre sur ce sujet les mesures nécessaires.

Il souhaite solliciter l’adhésion de Monsieur le Préfet sur le projet.

Le Conseil saisit avec empressement la réclamation faite par Monsieur le Maire.

Il estime que le pont serait  le moyen le plus prompt, le plus avantageux, le plus utile et en même temps le pour sûr pour communiquer avec Amiens.

200 individus traversent le bac le matin et le soir. Un grand nombre avec des bêtes de charge,

soit pour porter du lait et d’autres denrées en ville, soit enfin pour se rendre dans les différents ateliers où ils sont employés.

Pour éviter une perte de temps et un surcroît de fatigue,   ils préfèrent payer tous les jours une contribution de 5 cen,  contribution qui s’élève à une quarantaine de francs par an.

Combien d’autres encore se déplacent plusieurs fois la semaine en empruntant cette voie !

 

L’augmentation des rapports qui existent aujourd’hui avec ceux  établis il y a 30 ans environ, le prouve. 

 

Camon ne jouirait pas seul de l’avantage de ce pont sur la Somme. La Motte Brebière, Glisy, Blangy et Rivery en profiteraient également ainsi que tous ceux qui ont besoin de fréquenter ce village,

 

c’est en outre le seul chemin vicinal direct entre Camon, La Neuville et Cagny.

Le Conseil prie M. le Préfet de bien vouloir accueillir favorablement la présente délibération. Il  ne craint pas d’affirmer qu’il est l’organe de tous les habitants de cette commune sans aucune exception, et que l’adoption de ce projet ne trouvera point d’opposants.

 

 

à gauche, le pont,

 au centre, la guinguette du Pré Porus des années 1850

que le chroniqueur Pierre BERNARD, en 1730 appelait

l'Île des plaisirs,

 

C'était "la maison du passeur"

celui qui était préposé à la manœuvre du "bac"

 

Maison qui, en 1770, fut  jugée trop éloignée du bac et transférée rue Voyelle de nos jours.

                                                                        Le Pré Porus, situé actuellement à la Neuville, Nos ancêtres aimaient s'y promener les jours de fêtes. C'était  étaient en 1692 un fief de la seigneurie de Camon.

                      

 

                    XIII ème SIECLE.

En 1220,  l'évêque et le Chapitre de la Cathédrale purent  entreprendre la construction de ce monument "La Cathédrale".

Elle devait être  digne de recevoir l'insigne relique qu'est la tête de St Jean Baptiste, celui qui baptisa Jésus et fut décapité par Hérode, à la demande de Hérodiade, princesse juive.  

 

La relique fut rapportée de Constantinople lors de la IVème croisade.

 

D'après la légende "le champ des artichauts" sur lequel en 1220 ont été jetés les fondements de notre Cathédrale fut donné par de pieux hortillons dont on voit "encore les têtes grossièrement sculptées  au dessus de la "porte du puits de l'œuvre" (Rattel)

 

 

Il y avait plusieurs fiefs à Camon dont celui de la Mairie car dès le 13ème siècle, Camon possède une mairie et un conseil municipal.

Le fief de la Mairie donc comprenait une demeure avec ses dépendances et une autre plus petite entourée d'un pré dans la rue du Moulin. (auparavant rue des Fossés, aujourd'hui rue Chevalier de La Barre).

La dîme (cet impôt sur les récoltes prélevé par l'Eglise) était répartie comme suit :

"sur six gerbes récoltées, deux étaient données au Chapitre de la Cathédrale, une aux religieuses de l'Hôtel Dieu, et trois au curé." Ne pas oublier que "en 1692, le Pré Porus était un fief de la Seigneurie de Camon"

 

 

                XIVème siècle.

A signaler  pour cette époque : les souterrains qui lors des invasions normandes et plus tard lors de la guerre de Cent  Ans, qui opposa la France et l'Angleterre de 1337 à 1453 servaient de refuge aux habitants. Ils venaient se mettre à l'abri avec leurs animaux. 

En 1313,  il y avait 3 moulins sur le terroir.

Ils étaient  situés chemin des Moutiers, "chemin des prêtres" d'aujourd'hui.

 

 

 

 

    

                    XV èmes SIECLE.  

Les habitants obtiennent de Louis XIII (1498 – 1515) le privilège d'installer des moulins à waide

sur les bras de la Somme. Il fallait relever le village qui venait d'être ruiné par les INONDATIONS.

 La Vigne à Camon

        "En 1437 il y avait des vignes aux Falizes, aux Vignettes, et sur  les terres des Chapelains, entre autres" écrit Yvonne Douchet.

 En 1560 on retrouve une liste des gens (Jean Guémard, Pierre Cauvry, Simon de  Ravenel (1571) Jacques Levasseur (1564), Bernard de La Falize ..) qui cultivaient la vigne à CAMON sur le plateau crayeux entre LAMOTTE-BREBIERE et CAMON.

"La vigne se cultivait sur des échalas et les vignerons étaient obligés de porter leur raisin au pressoir seigneurial"

On lit dans le JDA du 14 janvier 2004 sous la plume de Pierre Mabire :

"A Camon la production viticole occupait une partie du territoire. On sait par exemple que le 24 janvier 1431 le sieur Gilles MARCHAND acheta un journal et demi de terre situé à Camon, bordé par les vignes de Jehan et Mathieu Hochecorne, pour la somme de 62 salus en or.

Le vin était-il de bonne qualité ? Probablement pas. Le développement de la navigation commerciale et  fluviale sur la Somme porta un grand tort à la viticulture locale.

A la piquette, dans les estaminets, on préféra les  vins de Bordeaux, livrés à partir du port de Saint Valéry sur Somme."

 

 

 

                                           

aujourd'hui encore, (septembre 2000)

M. de Sousa, "le miroir de Porto" fabrique son vin.  

 

 

 

               

                Au XVI ème siècle,

 

CAMON comptait deux couvents,  l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes et un ermitage.

        1591 : le domaine de la Seigneurie dépendait de "La Herde".

Le chapitre de la Cathédrale dut la vendre pour faire face aux impositions nécessitées par les Guerres de Religion.

N.B. 1562 - 1598 : cette guerre qui mit aux prises les "papistes" et les "Huguenots" , les uns et les autres désireux d'assurer le triomphe de la vraie foi et de l'assurer par la force.

 

        1597 : Amiens tombe par surprise aux mains des Espagnols.

 

        L'armée de  Henri IV (1572-1610)  commandait en personne ce siège,  s'appuie sur Camon.

        Il place une partie de son artillerie au lieu dit "le fort de Camon".

  

          l'église dédiée à Saint Vaast date du XVI ème.

                    XVII ème siècle.

1636 :

 Le cardinal Infant Don Fernando, gouverneur des Pays-Bas,   franchit la frontière, pousse droit jusqu'à la Somme, prend Corbie (15 août). Les Espagnols brûlent le village le 19 août 1636. Et à nouveau en 1637.

 

"Le village qui comptait 400 maisons n'en comptent plus que 50 !"

Camon est ruiné, et pour longtemps.

                    LES HORTILLONS. voir le chapitre

                 1698 : CAMON.

 Sous Louis XIV, (1643-1715) Camon comptait 415 habitants.

        

        Administration civile :  

prévôté de Fouilloy, (service de gendarmerie)

bailliage d'Amiens,  (service des tribunaux)

élection de Doullens, (les finances administrées par les élus)

intendance de Picardie,  

grenier à sel d'Amiens. (service des impôts)

la communauté nommait 3 échevins qui répartissaient les impôts.

 

 

 

                    XVIIIème SIECLE.

 1708 : Claude Boulanger, seigneur de Rivery  et de la Motte Creuse,  

prétend être co-seigneur de Camon.  Le présidial (le tribunal) de Beauvais le lui interdit.

Il l'autorisa seulement à se dire "seigneur en partie" de Camon .

                   1730

Le Chapitre de la Cathédrale acquiert les dîmes prélevées  à charge pour lui de verser le cinquième de la portion congrue du curé. (pension de subsistance du curé de la paroisse).

 

Il possédait les quatre autres cinquièmes.

 

Les prés étaient exempts de dîme, la dîme du blé se prélevait à raison de 8 %.

 

Le chapitre Saint Firmin de la Cathédrale avait beaucoup de droits à Camon.

En plus du droit de chasse aux cygnes, il avait celui du "forage", un impôt sur les boissons.

 

Le chapitre  tirait la pierre des carrières. Il possédait prés et marais.

Il possédait également les trois moulins à waide et les habitants n'avaient pas le droit de porter leur waide ailleurs...

 

LA CHASSE AUX CYGNES.

 "Le droit de chasser les cygnes dans la vallée de la Somme depuis Amiens jusque Bray sur Somme appartenait en commun à l'abbaye de Corbie, et aux Seigneurs riverains : ceux de Daours, Blangy, Rivery, l'évêque d'Amiens et les chanoines de la cathédrale d'Amiens.

 

Chaque année, le premier mardi du mois d'Août, sur convocation de l'abbé de Corbie, à qui appartenait la prééminence parmi les propriétaires du droit de chasse, les baillis et officiers des seigneurs précités se rendait à Lamotte-Brebière dans une prairie entre Camon et Glisy.

 

Les seigneurs de Rivery et de Blangy remontaient la rivière à partir du pont du Cange jusqu'à un endroit dit "la Mottelette" (lamotte-Brebière d'aujourd'hui) en amont de Camon.

 

Cette réunion, véritable fête où l'on goûtait des divertissements variés. était certes une chasse aux cygnes mais plus encore une sorte de cour de justice où l'on réglait les contestations relatives aux cygnes.

 

        Les officiers seigneuriaux étaient accompagnés de bateliers ou poissonniers experts en ce genre de chasse.

Ils poursuivaient, traquaient tous les cygnes qu'ils pouvaient rencontrer sur les différents bras de la Somme et les amassaient dans un endroit propice, terrain bordé de fossés,  pour y faire la reconnaissance des anciens volatiles et marquer les jeunes.

On examinait soigneusement les cygnes, on laissait en liberté les vieux déjà marqués ; quant aux autres, on leur faisait une empreinte au fer chaud avant de les relâcher.

pour l'évêque d'Amiens, c'était une crosse du côté droit de l'oiseau ; pour le chapitre des chanoines de la cathédrale, une croix tout le long et de travers ; pour l'abbé de Corbie, une clef ; pour le seigneur de Rivery, une barre de travers, pour le seigneur de Blangy, un écusson du côté gauche.

On regardait à leur bec quelles marques portaient les père et mère :si ces sceaux étaient différents, les seigneurs partageaient la couvée par moitié puis on coupait aux cygnes un bout d'aile appelé le fouet de l'aile et on le relâchait.  (manuscrit de Pagès)

 

Il vint un temps où les cygnes se firent de plus en plus rares à cause des guerres et du braconnage.

Les gardes du sel, chargés de surveiller les passage de la Somme pour empêcher la contrebande du sel, en tuaient aussi un grand nombre.

Néanmoins la réunion avait toujours lieu.

De joyeuses compagnies, tant d'Amiénois que d'étrangers s'embarquaient au Pont du Cange, sur quantité de bateaux couverts de toiles blanches ou de branches d'arbres pour une promenade sur la Somme que l'on remontait jusqu'à la Borne de Camon.

 

 

 

Le musée de Picardie possède une aquarelle de Joseph Bazire, valet de chambre du roi. :

 

 

 

 

 

Une chasse aux Cygnes, 1784, à la Borne de Camon. 

 

Là on s'arrêtait sous l'ombrage des arbres au bord de la rivière.

On mangeait, on buvait, on dansait jusque tard dans la nuit et l'on s'en revenait aux flambeaux par le même chemin.

"C'est peut-être le seul divertissement de ce genre dans le monde entier" écrivait Devermont en 1783, qui disait encore parlant de sa voie d'accès, la Voierie, (rue Voyelle) "Elle est l'une des plus belles promenades que l'on puisse désirer".

Pour la dernière fois, le 5 août 1704 fut donnée une chasse officielle, entourée de l'apparat  et des  formalités moyen-âgeuses qui nous rattachaient  au passé.

"Le cygne féodal qui  avait fait entendre son dernier chant en 1704 s'est "éteint" peu à peu, bourgeoisement, sous les coups hypocrites des soldats, des gardiens au sel et des braconniers". Mais,

 

Jean-Loup Leguay, internaute natif d'Amiens complète l'article en ces termes. Qu'il en soit remercié.

"Supprimée officiellement en 1704, cette tradition du Moyen Âge demeura néanmoins vivace dans les mémoires picardes du XVIIIème siècle par le biais d'une fête nautique se substituant à l'ancienne chasse proprement dite.

Devermont l'Aîné fait longuement état de cette manifestation prisée par les Amiénois et dont une large part se déroulait de nuit.

Aussi l'auteur nous donne une évocation poétique de ce cortège nocturne de barques et de lampions sur la Somme."

 

CAMON,  LIEU DE PELERINAGE.

        1730 L'Eglise de Camon,  jusqu'au temps de Louis XV,  (1715-1774) était LIEU DE PELERINAGE.

En 1900,  la société des antiquaires de Picardie achète à la vente DUBOIS  un manuscrit de 80 folios rédigés par Pierre BERNARD instituteur.

 

Cet auteur d'origine modeste est maître d'école charitable, sans doute aussi,  clerc laïque et chantre de la paroisse St Firmin le Confesseur d'Amiens. C'est un homme très religieux, sincère, autodidacte,  éveillé en matière d'histoire locale. Il est à l'affût de toutes les informations qu'il peut glaner et il les engrange méthodiquement.

 

L'ensemble de son œuvre est considérable : la bibliothèque municipale d'Amiens conserve de lui six manuscrits.

        L'un de ses livres est consacré aux récits de 12 pèlerinages que Pierre BERNARD a fait entre 1730 et 1764 dont celui de CAMON.

        En voici le récit :

 

"l'an 1730,  en un dimanche 15 juillet,  il me prit l'envie d'aller servir dévotement  le grand Saint Vaast  évêque d'Arras, en son église paroissiale de Camon.

 

Pour ce sujet, après avoir entendu vêpres en l'église de Saint Firmin le Confesseur, ma paroisse, et m'être pourvu de toutes choses ordinaires pour faire ce petit voyage, je m' embarquai au pont du Cange.

Nous étions bien dans notre barque environ quatre cents personnes tant hommes, femmes qu'enfants et d'autres jeunes gens , tous disposés à faire voile pour le même pèlerinage.

 

Notre barque quitta le bord à trois heures et demi et nous passâmes sous le pont du Cange, ce pont, si connu dans Amiens, fut bâti primitivement de bois sur ce bras de la rivière de Somme.

Sire Jean du Cange, maÿeur d'Amiens le fit bâtir en grés en 1345 et lui fit porter son nom.

 

Ce pont étant tombé en ruine en 1412, Pierre Clabault aussi maÿeur de cette ville le fit commencer, mais il ne fut achevé qu'en 1429 sous le maÿeur Mille de Berrÿ.

 

Les fondements de ce pont ne sont nullement posés sur aucun pilotis, mais seulement sur la tourbe  comme on l'a encore reconnu en 1734 quand la ville fit réparer ce pont.

 

Ayant passé ce pont, nous nous trouvâmes en pleine Somme. Je n'avais pas assez de mes yeux pour voir éloigner les uns après les autres les jardins potagers , autrement dit les aires des Hortillons.

 

Voyant ce prodige que je ne n'avais pas vu, auparavant, je tombai sans y penser dans le sentiment de Copernic qui, dans son système, montre que la terre tourne tandis que la voie des astres est immobile au centre du monde.

 

En navigant et côtoyant les bords de la voirie, nous vîmes l'endroit où la rivière de Somme se sépare en deux bras, le plus fort qui est la vraie Somme, va se rendre à Amiens par le Pont de Baraban, tandis que l'autre va s'y rendre par le Pont du Cange.

 

Après avoir passé le premier et second "isliers" qui appartiennent à la ville, nous passâmes la fameuse fosse du trésor, qui est un lieu où on ne trouve point de fond.

 

Les plongeurs qu'ont  été dans cette fosse, disent tous qu'en ce lieu est une espèce de cave profonde où on remarque distinctement quelques façons d'escaliers mais que la violence des eaux qui en sortent ne leur permet pas d'y descendre.

 

Ayant passé ce labyrinthe, nous nous trouvâmes en grand péril par un grand vent qui faisait tournoyer notre barque.

 

J'entendais les femmes crier "adieu miséricorde," comme dans ces tristes moments chacun songe à sa conscience, je disais en moi-même où êtes-vous Seigneur, qui avez seul le pouvoir de commander au vent et à la mer. Venez,  venez Seigneur, venez nous sauver de ce danger où nous sommes prêts à périr.

 

Après qu'un rayon de soleil eut dissipé cette bourrasque de vent, nous arrivâmes près du pont du Pré Porus, qui appartient au chapitre de la cathédrale.

 

Je ferais mieux d'appeler ce pré, "l'isle des plaisirs" que Pré Porus, à cause des danses et divertissements que j'y vis.

Je disais en moÿ même "est-ce cela des pèlerins du grand Saint Vaast ?  Ô Dieu qu'ils sont joyeux et charmants.

 

Comme j'étais dans cette contemplation, notre batelier nous dit à tous, allons,  enfants, payez le passage . Alors chacun mit la main à la poche et nous fûmes quitte tous pour chacun six liards.

Enfin nous arrivâmes au lieu-dit la Borne de Camon, lieu fort périlleux par sa profondeur.

 

 

 

Ayant débarqué et mis pieds à terre en ce lieu, nous marchâmes le long d'une petite voirie couverte de saules,  fort agréable,  au bout de laquelle nous entrâmes dans le village de Camon.

 

Je fus d'abord à l'église du glorieux amÿ de Dieu, Saint Vaast en laquelle je fis mes prières après ÿ avoir récité l'hymne "Iste Confessor", en l'honneur de ce Saint Pontife, puis je sortis pour faire un tour de promenade.

 

 

 

 

Au sortir de l'église, je fus bien surpris quand je vis la piété et la dévotion de ces pauvres femmelettes qui tenaient leurs enfants par la main, d' autres sous le bras, et qu'en cette posture, elles leur faisaient faire trois fois le tour de la dite église en disant : "allons courage petit enfant,  plaise à Dieu et à monsieur Saint Vast que tu puisses bientôt marcher seul et sans aide."

 

Le village de Camon est assez gaÿ et plaisant. Durant que le Roÿ Henrÿ IV faisait en personne le siège d'Amiens en 1497, le sieur de Montigny prit poste à Camon pour défendre la rivière et il ÿ avait à sa charge 18 compagnies de chevaux légers et on ÿ plaça un pont de bateaux fortifié d'une bonne batterie de canons.

 

Aÿant visité l'église et le village de Camon, je m'embarquai derechef pour passer la Borne.

 

Je mis pied à terre dans un lieu appelé Agrapin, ce lieu qu'on peut à bon droit nommer "isle" pour presqu'ïle,. Il fut autrefois la demeure d'Aggripin Maÿ d'Attilia laquelle était originaire de Rome.

 

Faustinien sénateur d'Amiens pour les Romains, et père de Saint Firmin le Confesseur un de nos saints évêques,  avait sa demeure en ce lieu sur la fin du IVème siècle.

 

Il y avait autrefois en ce lieu un moulin qu'on nommait le moulin du grapin ou de l'agrapin par Aleaume d'Amiens. Il n'est plus existant.

 

Ayant passé l'agrapin et dit adieu de loin au village de la Neuville, séjour dit-on de Sainte Godeberthe ou de Sainte Auré compagne de Sainte Ulphe, je pris ma route par la voirie.

 

La voirie est un lieu assez charmant pour la promenade et la fraîcheur. On croit que c'était en ce lieu qu'autrefois on traînait les cadavres des suppliciés jugés indigne de la terre sainte.

 

Enfin j'arrivai au pont de la Haÿe, vulgairement appelé la bavette où je m'embarquai pour passer à Amiens.

 

Le pont de la Haÿe n'était que de bois dans son origine. Il fut bâti en 1345 sous le maÿeur Jean Forestier.

 

Voilà lecteurs, ce que j'avais à vous dire touchant ce petit pèlerinage de Saint Vast à Camon.

Que Dieu nous soit en aide et la Sainte Vierge. Ainsi soit-il.

 

                                                    Pierre Bernard le 16 juillet 1730

 

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